Le Centre d’arbitrage et de médiation de l’WIPO a ordonné le transfert du nom de domaine bricklego.store du défendeur Phil Holzer à LEGO Holding A/S. Le défendeur utilisait ce domaine pour exploiter une boutique vendant ce qui semblait être des produits LEGO à prix fortement réduits, avant de rendre le site inactif. L’expert unique Jacques de Werra a statué que cet usage commercial trompeur, suivi d’un silence prolongé, constituait une preuve manifeste de mauvaise foi.
Aperçu du cas
| Numéro de dossier | D2025-4274 |
|---|---|
| Requérant | LEGO Holding A/S |
| Défendeur | Phil Holzer |
| Domaine contesté | bricklego.store |
| Tactique de menace | Marque plus mot-clé |
| Date de la décision | 17/12/2025 |
| Expert | Jacques de Werra |
| Résultat | Transfert |
| Source officielle | https://www.wipo.int/amc/en/domains/search/text.jsp?case=D2025-4274 |
Exploitation des domaines combinant marque et mot-clé pour nuire à l’intégrité du commerce en ligne et à la confiance des consommateurs
L’utilisation de variations de noms de domaine combinant une marque et un mot-clé, comme bricklego.store, constitue une menace commerciale sérieuse en ciblant directement les termes de recherche des consommateurs à forte intention d’achat. En associant une marque célèbre à un terme descriptif très pertinent sous un domaine générique de premier niveau à vocation commerciale, les acteurs de mauvaise foi créent des environnements numériques qui imitent étroitement les extensions de marque légitimes. L’exploitation de boutiques actives sur ces domaines pour commercialiser des produits à fortes réductions détourne un trafic transactionnel précieux des partenaires de vente autorisés et des canaux officiels, érodant directement les sources de revenus en vente directe et nuisant à la valeur de la marque.
Le passage opportuniste d’une boutique en ligne trompeuse vers une mise en veille (holding passif) représente une tactique d’évitement qui complique la protection à long terme des marques d’entreprise. Les déposants de mauvaise foi rendent souvent leurs boutiques inactives une fois contestés, tentant ainsi de neutraliser les allégations de mauvaise foi ou d’éviter un examen juridique formel. Cependant, comme démontré selon les principes établis de l’UDRP, ce maintien passif ultérieur ne corrige pas la mauvaise foi de l’enregistrement trompeur initial. S’ils ne sont pas neutralisés, les domaines dormants restent un risque constant, car ils peuvent être rapidement réactivés pour une exploitation commerciale ou d’autres campagnes malveillantes à tout moment.
D’un point de vue juridique et de distribution commerciale, les boutiques non autorisées échouent fréquemment à respecter les normes légitimes de revente car elles ne fournissent pas de divulgations opérationnelles transparentes. Lorsqu’un détaillant en ligne utilise un domaine intégrant une marque sans autorisation et omet de divulguer explicitement son absence d’affiliation avec le titulaire de la marque, il ne peut établir d’intérêts légitimes. Cette omission trompeuse empêche l’acteur de remplir les critères de revente légitime, laissant aux propriétaires de marques une voie claire pour faire valoir leurs droits et récupérer le trafic détourné via des procédures UDRP.
L’expert de l’WIPO rejette la défense Oki Data et le passage en holding passif dans le litige bricklego.store
En vertu du premier élément de l’UDRP, l’expert unique Jacques de Werra a appliqué une comparaison directe entre la marque déposée LEGO du requérant et le nom de domaine litigieux, bricklego.store. L’expert a confirmé que l’incorporation de l’intégralité de la marque LEGO aux côtés du terme descriptif « brick » n’empêche pas de constater une similitude prêtant à confusion. La marque restant très reconnaissable au sein de la chaîne, l’ajout de termes descriptifs ne permet pas d’échapper au seuil d’exigence requis par le premier élément.
Pour le deuxième élément, l’analyse juridique s’est concentrée sur les raisons pour lesquelles un exploitant de site web non autorisé ne peut invoquer de droits ou d’intérêts légitimes. Le requérant a démontré avec succès que le défendeur, Phil Holzer, ne pouvait se prévaloir du test Oki Data, établi dans le cas WIPO n° D2001-0903. Selon cette norme, un revendeur doit divulguer de manière précise et visible son absence d’affiliation avec le propriétaire de la marque. Le site du défendeur a échoué à ce test en exploitant une boutique en ligne trompeuse proposant ce qui semblait être des produits LEGO à fortes réductions sans aucune divulgation, annulant ainsi toute prétention à une offre de biens de bonne foi.
En évaluant la mauvaise foi au titre du troisième élément, l’expert a rejeté toute défense associée au statut final du domaine. Bien que le nom de domaine ait été initialement utilisé pour héberger une boutique e-commerce active et trompeuse conçue pour détourner du trafic web à des fins lucratives, il a été par la suite mis en veille. L’expert a jugé que ce maintien passif ultérieur ne corrige ni n’empêche la constatation d’un enregistrement et d’un usage de mauvaise foi lorsque l’enregistrement initial était clairement conçu pour exploiter la marque du requérant.
Pourquoi la stratégie du requérant a réussi
LEGO Holding A/S a utilisé une stratégie d’escalade pré-plainte hautement structurée et documentée pour démontrer la mauvaise foi du défendeur. En envoyant des mises en demeure successives les 19 juin, 30 juin et 9 juillet 2025, le requérant a établi un historique clair du refus du défendeur de coopérer ou de justifier son enregistrement du domaine bricklego.store. Ce silence documenté, qui s’est prolongé par une absence totale de réponse à la plainte formelle déposée auprès de l’WIPO, entraînant une notification de défaut le 17 novembre 2025, a fourni à l’expert des preuves convaincantes de l’absence de droits ou d’intérêts légitimes du défendeur et a confirmé son intention d’éluder les demandes légitimes de la marque.
Une tactique juridique clé de la stratégie du requérant a consisté à anticiper les arguments de défense potentiels, en neutralisant spécifiquement toute prétention de revendeur selon le test Oki Data. Le requérant a démontré que, le site n’ayant pas divulgué précisément son absence d’affiliation avec LEGO Holding A/S tout en proposant activement ce qui semblait être des produits LEGO à prix réduits, le défendeur ne pouvait prétendre à un intérêt commercial légitime. De plus, en documentant le passage du site web d’une boutique active et trompeuse vers une mise en veille, le requérant a établi avec succès que l’inactivité ultérieure ne corrige pas l’enregistrement et l’usage de mauvaise foi initiaux, assurant ainsi une décision de transfert de la part de l’expert Jacques de Werra.
Recommandations pratiques
- Archivez et conservez systématiquement des captures d’écran horodatées des boutiques e-commerce contrefaisantes avant qu’elles ne basculent en holding passif, car les preuves historiques de détournement commercial sont essentielles pour prouver la mauvaise foi selon l’UDRP.
- Lors de la contestation de domaines utilisés par des boutiques non autorisées, anticipez les défenses fondées sur l’usage loyal ou la revente en démontrant que le défendeur ne respecte pas les critères Oki Data, en particulier l’absence de divulgation visible et précise d’une non-affiliation.
- N’hésitez pas à engager une action UDRP si un domaine contrefaisant devient inactif ou passe en holding passif ; soulignez dans la plainte que ce maintien passif ultérieur ne corrige ni ne nie l’enregistrement initial de mauvaise foi et l’usage commercial trompeur.
- Mettez en œuvre un protocole de mise en demeure structuré et multi-étapes avec des délais de réponse documentés et stricts (par exemple, des intervalles de 10 jours) pour établir un historique clair du silence du défendeur, que les experts traitent souvent comme une preuve corroborante de la mauvaise foi.
- Surveillez proactivement les variations de domaines à haut risque combinant des marques principales avec des termes industriels descriptifs (par exemple, ‘brick’) sur les nouveaux gTLD orientés commerce comme ‘.store’ afin d’intercepter et de démanteler rapidement les boutiques à prix réduits non autorisées.
Foire aux questions (FAQ)
Pourquoi le domaine ‘bricklego.store’ a-t-il été considéré comme prêtant à confusion avec la marque LEGO ?
L’expert a déterminé que le nom de domaine prêtait à confusion car il incorporait intégralement la marque connue LEGO, en ajoutant simplement le terme descriptif ‘brick’ à la marque.
Pourquoi le défendeur a-t-il échoué au test ‘Oki Data’ concernant les intérêts légitimes ?
Le défendeur a échoué au test Oki Data parce que le site web, tout en vendant des produits qui semblaient être des articles LEGO, n’a pas fourni de divulgation précise quant à son absence d’affiliation ou d’approbation par le propriétaire de la marque.
Le fait de placer un domaine en ‘holding passif’ absout-il un défendeur de la mauvaise foi ?
Non. L’expert a statué que l’utilisation active initiale du site par le défendeur pour une boutique commerciale trompeuse établissait la mauvaise foi, et que le passage du domaine en holding passif ne corrigeait pas cet enregistrement et cet usage de mauvaise foi antérieurs.
Quel rôle stratégique les mises en demeure sans réponse ont-elles joué dans ce cas ?
Le silence complet du défendeur suite à trois mises en demeure distinctes, suivi d’un défaut de réponse à la plainte formelle UDRP, a contribué à établir la constatation de mauvaise foi par l’expert et a mené à l’ordonnance de transfert par défaut.
Vous découvrez des domaines utilisant votre marque et des mots-clés ?
Les domaines abusifs combinant votre marque et des termes descriptifs signalent souvent des risques d’usurpation. Apprenez à sécuriser votre marque contre les boutiques de vente au détail trompeuses et les tactiques de mise en veille.
Cette note de jurisprudence est fournie à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil juridique.



