Dans l’affaire WIPO D2025-5173, la Compagnie Générale des Etablissements Michelin a obtenu avec succès le transfert du nom de domaine typosquatté promo-michellin.com. Le défendeur, Ivan Mazov, avait enregistré le domaine en utilisant un service de protection de l’anonymat (privacy shield) afin de conserver passivement une variante orthographique erronée de la marque, associée au terme promotionnel. L’expert de l’OMPI a ordonné le transfert total du nom de domaine, jugeant que la détention passive d’une marque célèbre constitue une mauvaise foi.
Aperçu de l’affaire
| Numéro de dossier | D2025-5173 |
|---|---|
| Plaignant | Compagnie Générale des Etablissements Michelin |
| Défendeur | Ivan Mazov |
| Domaine contesté | promo-michellin.com |
| Tactique de menace | Domaines par fautes de frappe |
| Date de la décision | 2026-02-04 |
| Expert | Christelle Vaval |
| Résultat | Transfert |
| Source officielle | https://www.wipo.int/amc/en/domains/search/text.jsp?case=D2025-5173 |
Exploiter la confiance envers la marque par le typosquatting et les modificateurs promotionnels
L’enregistrement de promo-michellin.com illustre la manière dont des acteurs malveillants ciblent des marques hautement reconnaissables en combinant le typosquatting et des mots-clés commerciaux à forte intention. En incorporant une faute d’orthographe délibérée de la marque MICHELIN (l’ajout d’un ‘l’ supplémentaire) associée au terme générique ‘promo’, le défendeur a créé une structure de domaine ciblant directement le comportement de recherche et les erreurs de saisie des consommateurs. Pour une marque mondiale comme Michelin, qui opère dans plus de 170 pays et maintient sa présence en ligne principale depuis 1993, de telles tactiques constituent une menace directe pour l’intégrité de la marque. L’inclusion de modificateurs promotionnels indique faussement aux consommateurs que le domaine est un canal autorisé pour des campagnes marketing ou des offres promotionnelles, générant un risque immédiat de confusion.
Bien que le domaine contesté renvoie vers une page d’index par défaut générée automatiquement et ne soit pas utilisé activement pour mener des campagnes de phishing ou de fraude financière documentées, sa détention passive constitue une menace latente pour le propriétaire de la marque. Les déposants utilisent fréquemment des services de confidentialité pour dissimuler leur identité tout en conservant des variantes de marques précieuses, créant ainsi une vulnérabilité de sécurité non surveillée pouvant être exploitée à tout moment. Selon la jurisprudence UDRP, la détention passive d’une marque célèbre sous un masque de confidentialité n’empêche pas une conclusion de mauvaise foi, en particulier lorsque le défendeur omet de répondre aux mises en demeure ou de participer aux procédures WIPO. Pour les professionnels de la propriété intellectuelle, cela souligne la nécessité d’une surveillance proactive afin de récupérer les variantes de domaines typosquattés avant qu’elles ne puissent être activées à des fins de gain commercial malveillant.
Raisonnement de l’expert sur la similitude prêtant à confusion, les intérêts légitimes et la détention passive
En vertu du premier critère de l’UDRP, l’expert Christelle Vaval a appliqué le test de qualité pour agir, en effectuant une comparaison directe entre la marque MICHELIN du plaignant et le nom de domaine contesté promo-michellin.com. L’expert a estimé que le domaine prêtait à confusion car il intègre entièrement la marque avec une légère erreur typographique — l’ajout d’une seconde lettre ‘l’ — couplée au terme générique ‘promo’. Cette combinaison de typosquatting délibéré et de modificateur promotionnel n’empêche pas la conclusion d’une similitude prêtant à confusion, la marque restant clairement reconnaissable au sein du domaine contesté.
En évaluant l’existence de droits ou d’intérêts légitimes, l’expert a déterminé que le défendeur, Ivan Mazov, ne détient aucun droit ou intérêt légitime sur le nom de domaine contesté. Le défendeur n’est ni autorisé ni sous licence par le plaignant pour utiliser la marque MICHELIN, n’est pas communément connu sous ce nom et n’entretient aucune relation commerciale avec le plaignant. Parce que le domaine ne renvoyait qu’à une page d’index système générée automatiquement plutôt qu’à un site web actif, l’expert a conclu qu’il n’existait aucune preuve d’une offre de bonne foi de biens ou de services, ni d’une utilisation loyale, non commerciale et légitime.
Concernant l’enregistrement et l’utilisation de mauvaise foi, l’expert a appliqué la doctrine de la détention passive, établissant que l’absence de contenu de site web actif n’empêche pas de conclure à la mauvaise foi lorsqu’une marque notoire est visée. L’expert a noté que la marque MICHELIN est hautement distinctive et active dans plus de 170 pays, rendant très improbable le fait que le défendeur ait enregistré le domaine sans connaissance préalable de la marque. Cette conclusion de mauvaise foi a été davantage étayée par l’utilisation par le défendeur d’un service de protection de la vie privée pour dissimuler son identité et par son défaut de réponse aux communications de mise en demeure du plaignant ainsi qu’aux procédures administratives de l’OMPI.
Pour les professionnels de la protection des marques, cette affaire démontre que les experts concluront facilement à la mauvaise foi dans des scénarios de détention passive impliquant des domaines typosquattés associant marque et mot-clé, même sans preuve documentée de phishing, de confusion chez les consommateurs ou de demandes de rançon financières explicites. La divulgation automatique de l’identité du déposant derrière le service de confidentialité ‘Withheld for Privacy ehf’ au cours du processus de vérification souligne comment les propriétaires de marques peuvent réussir à contourner les barrières de confidentialité pour faire valoir leurs droits de propriété intellectuelle.
Déconstruction de la stratégie probatoire et juridique du plaignant
La stratégie victorieuse du plaignant reposait sur l’établissement d’une priorité historique claire et la démonstration d’un typosquatting délibéré. En documentant ses droits enregistrés sur la marque MICHELIN (y compris l’enregistrement américain n° 4126565, enregistré le 10 avril 2012) et sa propriété du domaine principal michelin.com depuis 1993, le plaignant a établi une chronologie de priorité incontestable sur le domaine contesté, enregistré le 6 novembre 2025. Le plaignant a ensuite systématiquement démontré que la faute d’orthographe — spécifiquement l’insertion d’un ‘l’ supplémentaire — combinée au terme générique ‘promo’ constituait une tentative calculée d’exploiter la confiance envers la marque. Cette présentation solide n’a laissé aucune marge au défendeur pour revendiquer une connexion fortuite ou légitime avec le domaine.
En outre, le plaignant a surmonté avec succès le défi de la détention passive de domaine en tirant parti de la jurisprudence établie de l’OMPI. Bien que le domaine contesté renvoyait à une page d’index par défaut générée par le système et n’était pas encore lié à des campagnes de phishing actives ou à une fraude aux consommateurs, le plaignant a soutenu que la détention passive d’une marque célèbre constitue une mauvaise foi. Cette position a été renforcée par des preuves du comportement du défendeur, notamment l’utilisation d’un service de confidentialité pour masquer son identité et un défaut total de réponse tant aux communications initiales de mise en demeure qu’aux procédures formelles UDRP. Ce résultat démontre que les propriétaires de marques peuvent récupérer avec succès des variantes de domaines non autorisées avant même qu’une exploitation active n’ait lieu, à condition qu’ils puissent documenter une intention manifeste de dissimulation de mauvaise foi.
Recommandations pratiques
- Mettez en œuvre une surveillance proactive des domaines ciblant les variantes orthographiques courantes à double consonne des marques principales combinées à des mots-clés commerciaux à haut risque tels que ‘promo’, ‘deal’ ou ‘sale’ afin d’identifier les menaces de typosquatting le plus tôt possible.
- Ne retardez pas les actions coercitives contre les domaines inactifs ; les équipes de protection de marque doivent tirer parti de la doctrine de la détention passive pour déposer des plaintes UDRP contre les enregistrements non autorisés de marques notoires, même si les domaines ne renvoient qu’à des pages d’index par défaut du bureau d’enregistrement.
- Envoyez une mise en demeure formelle au déposant (ou via son service de protection de la vie privée) avant de déposer une plainte auprès de l’OMPI, car le défaut de réponse du défendeur fournit des preuves essentielles soutenant la mauvaise foi et l’absence d’intérêts légitimes.
- Utilisez le processus de vérification obligatoire des bureaux d’enregistrement UDRP pour démasquer formellement les véritables identités des déposants se cachant derrière des services de confidentialité tels que ‘Withheld for Privacy ehf’, assurant ainsi une identification correcte du défendeur dans la soumission finale à l’expert.
Foire aux questions (FAQ)
Pourquoi le domaine promo-michellin.com a-t-il été considéré comme similaire au point de prêter à confusion avec la marque Michelin ?
L’expert de l’OMPI a conclu que le nom de domaine intègre la célèbre marque MICHELIN tout en ajoutant une faute d’orthographe délibérée (‘michellin’) et le terme générique ‘promo’. Cette combinaison est une forme classique de typosquatting destinée à créer un risque de confusion chez le consommateur.
Quelles preuves ont été utilisées pour démontrer l’absence de droits ou d’intérêts légitimes du défendeur ?
L’expert a déterminé que le défendeur ne détenait aucun droit ni intérêt légitime car il n’était pas autorisé par Michelin, n’était pas communément connu sous ce nom et n’avait fait aucune utilisation légitime, non commerciale ou loyale du domaine, qui est resté inactif.
Comment l’expert a-t-il justifié une conclusion de mauvaise foi bien que le domaine ait été détenu passivement ?
L’expert a statué que la détention passive d’une marque célèbre, particulièrement lorsqu’elle est associée à des fautes d’orthographe trompeuses et à un langage promotionnel, constitue un enregistrement et une utilisation de mauvaise foi, surtout compte tenu du fait que le défendeur n’a pas répondu aux mises en demeure ni aux procédures UDRP.
Quel a été le résultat pratique de la procédure administrative de l’OMPI concernant ce domaine typosquatté ?
Suite à l’identification du défendeur, Ivan Mazov, et à son refus de participer à l’affaire, l’expert de l’OMPI a ordonné le transfert immédiat du domaine promo-michellin.com au plaignant, la Compagnie Générale des Etablissements Michelin.
Récupérez les domaines ressemblants avant qu’ils ne causent des dommages
Les domaines typosquattés comme ‘promo-michellin.com’ exploitent des erreurs de frappe mineures pour détourner la confiance envers votre marque. N’attendez pas que ces menaces dormantes se transforment en arnaques actives. Évaluez le périmètre numérique de votre marque et apprenez comment récupérer de manière proactive les variantes non autorisées.
Cette note de jurisprudence est fournie à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil juridique.



