Philip Morris Products S.A. a récupéré avec succès trois domaines, dont iqosistanbul.com, auprès d’un défendeur se faisant passer pour un revendeur agréé en Turquie. Le défendeur a tiré parti d’identifiants géographiques et de mots-clés locaux pour détourner le trafic commercial, ce qui a conduit à une ordonnance de transfert de l’WIPO en raison d’une mauvaise foi manifeste.
Aperçu de l’affaire
| Numéro de dossier | D2025-4301 |
|---|---|
| Plaignant | Philip Morris Products S.A. |
| Défendeur | Cihan Cilsal |
| Domaines litigieux | iqosistanbul.comtereaistanbul.comtereasiparis.com |
| Tactique de menace | Imitation géographique |
| Date de la décision | 19/01/2026 |
| Expert | Mehmet Polat Kalafatoğlu |
| Résultat | Transfert |
| Source officielle | https://www.wipo.int/amc/en/domains/search/text.jsp?case=D2025-4301 |
Lacunes du portefeuille géographique et risque d’usurpation localisée
L’enregistrement de iqosistanbul.com et tereaistanbul.com met en évidence une menace commerciale spécifique où les défendeurs exploitent les lacunes géographiques du portefeuille de domaines d’un propriétaire de marque. En ajoutant l’identifiant métropolitain « Istanbul » aux marques IQOS et TEREA, le défendeur a ciblé efficacement les consommateurs locaux ayant une forte intention d’achat. Cette tactique est particulièrement dommageable lorsqu’elle est combinée à des mots-clés en langue locale tels que « siparis » (signifiant « commande » en turc), ce qui positionne le site non autorisé comme un concurrent direct des canaux de commerce électronique officiels. Pour les propriétaires de marques, cela crée un risque de détournement de trafic au moment précis où un consommateur est prêt à effectuer un achat, permettant à des tiers de capter des revenus qui transiteraient autrement par les réseaux de vente au détail autorisés.
Au-delà du simple détournement de trafic, l’utilisation par le défendeur des mentions « Revendeur agréé Istanbul » et « Revendeur agréé ILUMA Istanbul » crée un risque grave pour la confiance des consommateurs et l’intégrité de la marque. Une telle usurpation explicite trompe les utilisateurs en leur faisant croire qu’ils interagissent avec un partenaire commercial vérifié, ce qui peut entraîner une dilution de la réputation de la marque si l’expérience client ne répond pas aux normes officielles. Cette affaire démontre que les acteurs de mauvaise foi ne se contentent pas d’utiliser des URL prêtant à confusion, mais construisent souvent des façades numériques élaborées pour imiter les niveaux de distribution légitimes. Pour les professionnels de la PI, l’affaire confirme que même les marques nouvellement enregistrées comme TEREA sont susceptibles d’être immédiatement exploitées localement, nécessitant une stratégie d’enregistrement défensive proactive sur les marchés métropolitains clés.
Raisonnement juridique : Similitude prêtant à confusion, absence de droits et ciblage de mauvaise foi
L’expert a appliqué le test de seuil pour la similitude prêtant à confusion, déterminant que les noms de domaine litigieux — iqosistanbul.com, tereaistanbul.com et tereasiparis.com — intègrent les marques IQOS et TEREA du plaignant dans leur intégralité. Selon l’aperçu WIPO 3.0, section 1.7, cette comparaison est une exigence de base directe. L’ajout de l’identifiant géographique « istanbul » et du mot-clé turc « siparis » (signifiant « commande ») n’a pas diminué la similitude prêtant à confusion, car les marques sont restées les éléments reconnaissables et dominants au sein des chaînes. Cette constatation renforce la vulnérabilité des marques secondaires de produits, telles que TEREA, lorsqu’elles sont associées à une terminologie locale à forte intention d’achat sur les marchés régionaux.
Concernant les droits ou intérêts légitimes, le plaignant a établi un cas prima facie selon lequel le défendeur n’a jamais été autorisé à agir en tant que revendeur ou à utiliser les marques. Les sites web associés aux domaines prétendaient explicitement être un « Revendeur agréé Istanbul » et un « Revendeur agréé ILUMA Istanbul », ce qui, selon l’expert, constituait une tentative trompeuse d’usurper une présence commerciale officielle. Comme le défendeur n’a pas soumis de réponse ni fourni de preuve d’une utilisation non commerciale ou équitable légitime, l’expert a conclu que le défendeur n’avait aucun droit sur les domaines. Pour les professionnels de la PI, cela démontre comment des entités non autorisées exploitent les lacunes du portefeuille géographique pour détourner le trafic des canaux de commerce régionaux légitimes.
La constatation de l’enregistrement et de l’usage de mauvaise foi reposait sur la tentative intentionnelle du défendeur d’attirer les internautes à des fins commerciales en créant un risque de confusion. L’expert a noté que le défendeur était clairement conscient des marques du plaignant lors de l’enregistrement des domaines, en particulier compte tenu de l’utilisation spécifique de la marque TEREA, enregistrée internationalement en 2023. En combinant ces marques avec « siparis », le défendeur a ciblé les consommateurs locaux cherchant activement à effectuer des achats. Cette stratégie illustre un effort calculé pour détourner un trafic à forte intention d’achat par le ciblage de mots-clés en langue locale, constituant une mauvaise foi au titre de la Politique.
Sur le plan procédural, l’expert a exercé son pouvoir discrétionnaire en vertu du paragraphe 11(a) du Règlement pour mener la procédure en anglais, bien que le contrat d’enregistrement ait été en turc. Cette décision était fondée sur l’efficacité procédurale, le plaignant étant une entité suisse et le défendeur n’ayant pas participé à la procédure après avoir été informé du défaut le 22 décembre 2025. Cette affaire souligne l’importance de demander un changement de langue dans les procédures UDRP lorsque le défendeur est défaillant, garantissant que les coûts et les retards de traduction n’entravent pas la récupération des actifs dans les juridictions étrangères.
Identification stratégique de l’usurpation géographique et efficacité procédurale
La stratégie du plaignant a réussi en documentant la manière dont le défendeur a tiré parti de l’imitation géographique et de mots-clés locaux à forte intention pour se faire passer pour un canal commercial officiel. En enregistrant des domaines tels que iqosistanbul.com et tereasiparis.com, le défendeur a spécifiquement ciblé le marché métropolitain d’Istanbul en utilisant le terme turc « siparis » (signifiant « commande »). La force probante de l’affaire était ancrée dans les affirmations explicites du défendeur sur les sites web associés d’être un « Revendeur agréé Istanbul » et un « Revendeur agréé ILUMA Istanbul ». Cette preuve d’usurpation de revendeur non autorisée a directement étayé la conclusion de mauvaise foi, car elle a démontré un effort calculé pour détourner les consommateurs des partenariats commerciaux officiels vers des plateformes non autorisées à des fins commerciales.
Les manœuvres procédurales ont également joué un rôle essentiel dans le succès du plaignant, notamment en ce qui concerne la langue de la procédure. Malgré le fait que le contrat d’enregistrement soit en turc, le plaignant a réussi à obtenir que l’affaire soit conduite en anglais afin de maintenir l’efficacité procédurale. L’approche proactive du plaignant, consistant à déposer une plainte modifiée le 3 novembre 2025, à la suite de la divulgation de l’identité du défendeur, a encore rationalisé le processus juridique. En mettant en évidence la vulnérabilité des lacunes du portefeuille géographique, l’affaire démontre que les acteurs non autorisés sont prompts à exploiter les vides régionaux dans la protection des marques, en utilisant des identifiants combinés de marque et de lieu pour diluer la force de la marque et capturer le trafic du marché local.
Recommandations pratiques
- Auditer les portefeuilles de domaines géographiques pour les zones métropolitaines à fort trafic et enregistrer de manière proactive les combinaisons « [Marque][Ville].com » sur les marchés internationaux clés afin de combler les lacunes régionales.
- Intégrer des mots-clés de commerce électronique en langue locale, tels que « siparis » (commande), dans les alertes de surveillance de marque pour détecter le détournement de trafic à forte intention ciblant les consommateurs non anglophones.
- Donner la priorité aux mesures coercitives contre les sites faisant des allégations non autorisées de « Revendeur agréé » ou de « Distributeur officiel », car ces assertions constituent une preuve critique pour prouver la mauvaise foi et le manque d’intérêt légitime dans les procédures UDRP.
- Synchroniser les enregistrements de noms de domaine défensifs avec le lancement international des marques de produits secondaires pour empêcher l’enregistrement opportuniste par des acteurs locaux peu après la publication de la marque.
- Tenir des registres centralisés des enregistrements de marques internationales pour toutes les sous-marques afin d’établir rapidement la recevabilité dans les affaires UDRP impliquant plusieurs domaines litigieux enregistrés à des périodes différentes.
Foire aux questions (FAQ)
Pourquoi les noms de domaine iqosistanbul.com et tereasiparis.com ont-ils été considérés comme prêtant à confusion avec les marques de Philip Morris ?
L’expert a déterminé que les domaines prêtaient à confusion car ils intégraient les marques protégées « IQOS » et « TEREA » du plaignant dans leur intégralité, ce qui crée une association immédiate avec la marque aux yeux des consommateurs.
Comment le défendeur a-t-il tenté d’établir un faux sentiment de légitimité, et quel a été l’avis de l’expert à ce sujet ?
Le défendeur a utilisé des identifiants géographiques et des termes tels que « Revendeur agréé Istanbul » sur ses sites web pour tromper les utilisateurs. L’expert a estimé que le défendeur ne possédait aucun droit ou intérêt légitime sur ces noms car il n’avait pas été autorisé par le plaignant à agir en tant que revendeur, confirmant que les allégations étaient frauduleuses.
Quelles preuves ont prouvé que le défendeur a agi de mauvaise foi ?
La mauvaise foi a été établie par l’intention claire du défendeur de réaliser des bénéfices en détournant le trafic internet vers ses sites non autorisés. En tirant parti de mots-clés à forte intention tels que « siparis » (terme turc pour « commande ») aux côtés de marques protégées, le défendeur a intentionnellement créé une probabilité de confusion à des fins commerciales.
Quel a été le résultat de ce litige et quelle leçon tactique fournit-il pour la protection des marques ?
L’expert WIPO a ordonné le transfert de tous les domaines litigieux au plaignant. Cette affaire met en évidence une lacune critique du portefeuille ; les organisations devraient enregistrer de manière préventive des domaines géographiques spécifiques (par ex., marque+ville) sur les marchés clés pour empêcher les acteurs locaux malveillants d’exploiter la demande régionale.
Vous constatez un abus de marque dans une zone de domaine régionale ?
Comme le montre l’affaire Philip Morris récente, les domaines de « revendeurs agréés » non autorisés ciblant des villes spécifiques peuvent détourner un trafic à forte intention et éroder la confiance des consommateurs. Ne laissez pas les lacunes géographiques de votre portefeuille miner votre stratégie régionale — auditez votre empreinte de marque actuelle dès aujourd’hui.
Cette note de cas est fournie à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil juridique.



